Le bustier
Bustier et culture vestimentaire
Le bustier, ainsi que ses variantes, ou ancêtres, « corsage », « corset », ont pour point commun de désigner également la partie du corps couverte par ce vêtement, ou sous-vêtement. Il est généralement composé, en plus des matériaux choisis pour le corps du vêtement, d’œillets, et de lacets, cordons, ou fils, qui permettent d’ajuster ou de serrer le bustier. Comme l’ensemble des sous-vêtements et autres vêtements couvrant le buste, il est issu d’une longue tradition vestimentaire, concernant aussi bien les femmes que les hommes. Par la suite, les corsets rigides portés sous les robes, ou les armatures incorporées aux vêtements sont progressivement remplacées par des sous-vêtements, ou vêtements de toile, ce qui ne signifie pas que les textiles légers n’étaient pas déjà utilisés auparavant. En cela, le corset s’apparente plus au bustier et au corsage. On peut donc éventuellement considérer que le bustier est davantage un vêtement composé de tissus. Dans son histoire, il est associé à certaines conséquences sur la santé de la femme, ainsi qu’à une symbolique psychologique particulière. Mais il possède également une dimension esthétique indéniable, d’où son succès dans la mode.
Le bustier, son histoire
L’origine du bustier serait aussi ancienne que celle du soutien-gorge, ou encore de la brassière. Cela signifie qu’elle se situerait dans l’Antiquité. Les modèles étaient déjà variés : équivalents de brassières, simples bandes d’étoffe ou de cuir reliées par des cordons, pièces métalliques à fonction ornementale (plutôt pour les parties médiane et basse du tronc), etc. L’’immense variété des vêtements apparentés au bustier est à elle seule éloquente. C’est surtout à partir du XVIème siècle qu’il devient un incontournable de la tenue vestimentaire des dames. Incorporé aux robes d’apparat, ou utilisé comme simple sous-vêtement, la plupart des personnes aisées en portent, pour suivre la mode, et embellir leur stature. Composé de matériaux rigides (fer, bois, cuir, etc.), et composé de plusieurs éléments, ressemblant parfois à des pièces d’armurerie, il donne une forme particulière à la taille et à la poitrine, ainsi qu’aux hanches, selon la fonction et la dimension. D’abord utilisé pour aplatir les formes, il ensuite destiné à accentuer la finesse de la taille, jusqu’à la rendre parfois quasi semblable à celle du cou. Le corset pouvait être soit composé uniquement de matériaux rigides, soit d’étoffe renforcée par une armature, à laquelle des baleines était rattachées pour soutenir la poitrine, et, selon le cas, lui donner une forme amoindrie ou différentes courbure, suivant des coupes qui pouvaient soit camoufler, soit mettre en valeur les seins. Par la suite, les matériaux rigides sont remplacés par des matériaux plus souples, puis abandonnés pour de la simple étoffe, ou des matériaux et tissus élastiques. Durant la Renaissance (française et espagnole), le corset est également utilisé par les hommes, agrémenté d’autres accessoires (baleines, doublet, bombarde) destinés à grossir les hanches, ou le ventre, alors que la taille était marquée. Cette volonté de sublimer les courbes, surtout féminines, perdurera. L’ancien corset est progressivement remplacé par le corsage, ou le bustier, mais demeure en vogue.
Structure
Le patron du corset fait apparaître, selon le modèle, une composition plus ou moins complexe. Il est généralement composé de deux pièces verticales à l’avant, et sur le dos, les lacets reliés aux œillets étant cousus sur l’avant ou sur l’arrière, plus rarement sur le dos, de nos jours. Les seins sont soutenus par des pièces de forme convexe, une fois cousues. Les hanches sont couvertes ou non par des bandes rectangulaires, ou arrondies, reliées entre elles. Lorsque le matériau choisi est rigide, les pièces sont plus massives et moins nombreuses, mais cela dépend de sa nature, car, pour les modèles de type armature, en métal, après assemblage, le tout ne forme qu’une seule pièce. Selon la courbure ou le cintrage voulu, de petites encoches peuvent être formées dans le matériau ou le tissu afin de permettre de régler la dimension voulue, et de ne pas multiplier le nombre de pièces à assembler. Certains composites naturellement souples (rotin, cuir) sont facilement malléables, et on peut presque les sculpter pour leur donner la forme voulue. La difficulté consiste généralement, peut-être, outre l’assemblage des différentes parties, le calcul des mesures, et le choix des figures géométriques (exemple : pour obtenir une forme concave ou convexe) pour obtenir la coupe désirée, à fixer les petits anneaux métalliques (œillets) qui permettent de serrer les lacets sans que l’étoffe ne s’abime du fait de l’usure. La comparaison des différents modèles anciens, ou modernes, fait apparaître une grande diversité des fonctionnalités, ou des modes.
La femme dans l’histoire du corset
De multiples récits, à teneur plus ou moins anecdotique, rapportent que le corset était la source de bien des maux de santé, allant du simple malaise au décès. Selon la rumeur, certaines opérations de chirurgie consistaient à ôter tout ou partie des côtes, pour rendre le port du corset plus aisé, et plus saillant. On aurait attribué au corset de nombreuses maladies dont il n’était pas la source. Cependant, la compression des viscères, et d’autres organes, auraient été l’origine de problèmes de santé graves (prolapsus, stérilité, malaises), et, dans certains cas extrêmes, de décès. En effet, certains textes font état d’une volonté de resserrer la taille au maximum, pour des raisons psychologiques (anorexie), ou esthétiques (taille cintrée pour mettre en relief les hanches et la poitrine). Cette volonté de modifier les courbes du corps persiste également depuis notamment le XIXème siècle où naissent les premières « gaines », dont la confection est facilitée au XXème siècle par l’utilisation plus importante du caoutchouc, et de matériaux textiles dérivés ou non du pétrole (nylon, lycra, etc.), auxquelles on prête encore aujourd’hui des vertus amincissantes, ou embellissantes. Le bustier, ou plutôt le corset, assure parfois des fonctions thérapeutiques relatives aux problèmes de dos, assurant des fonction de maintien, notamment, en soulageant la musculature d’une partie du poids du corps, en « corrigeant » la forme du dos.
Symbolique et mode
On attribue au bustier un lien avec un certain courant fétichiste. Freüd parle de fétichisme, notamment, à propos du pied, et essaie de donner une explication à ce phénomène qu’il considère comme un fait psychologique d’ordre pathologique. Au sens courant, on évoque ce lien avec le fétichisme du fait qu’il s’agisse d’un accessoire considéré comme presque indissociable de l’ensemble de la tenue vestimentaire (sac à main, bijoux), perçu comme une quasi extension du corps féminin. On peut donc peut-être bien parler de fétichisme au sens d’accessoire fétiche pour un vêtement apprécié. Pourtant, et là il serait approprié, en dehors de tout contexte artistique bien sûr, de parler de pathologie, le fétichisme est souvent associé au sadomasochisme, et le bustier, ou ses variantes, sont censés en être des outils privilégiés. Info ou intox ? Les matières choisies donnent au bustier une consistance aussi bien naïve et classique que provocatrice, voire de mauvais goût (dentelle, latex). Le bustier n’a néanmoins jamais cessé d’intéresser les couturiers, petits ou grands, depuis sa naissance, que ce soit de grands noms comme notamment Jean-Paul Gauthier, ou des noms plus modestes comme les grands fabricants de vêtements destinés au grand public.
Conclusion
Le bustier serait-il victime de son histoire médicale, ou plutôt de certains excès, comme en toutes choses, de ceux qui en font usage ? L’anorexie mentale, par exemple, ne serait liée à aucune mode particulière, et pourtant on invoque de nos jours l’influence de l’engouement pour une certaine culture du mannequinat comme étant une cause directe et récente sur nos comportements. Que penser du corset au XVIIème et XVIIIème siècle dans ses usages « dérivés », ou de la recherche d’un amoindrissement des formes au XVIème siècle av. J.-C. : cause ou conséquence d’une « psychologie féminine », ou d’une « mode » qui reviendrait à la mode ? Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point la mode, à travers les époques et les genres, a recours aux mêmes techniques, pour les abandonner ensuite, et les retrouver et les exploiter à nouveau (ex : brassière du début du siècle dernier, calquée sur le modèle du soutien-gorge dans l’Antiquité) : L’histoire de ce bout d’étoffe épouserait celle de la silhouette féminine, au gré de ses variations à travers le temps : absent de la culture vestimentaire lorsque le corps est sacralisé et rendu fétiche (déesses de la fertilité), présent lorsque celui-ci doit disparaître et devenir filiforme au risque de s’effacer (taille de guêpe, mode de la minceur extrême), il serait le reflet d’une évolution de la représentation du corps féminin visant à s’émanciper de certaines contraintes et des préjugés ancrés dans les mœurs.