LE PORTE-JARRETELLE
Le porte-jarretelle, dont l’ancêtre est la jarretière, est un article de lingerie féminine à la mode dans les années 60 qui revient au goût du jour. Composé de jarretelles, fines attaches, de bas, et d’une ceinture, ils sont appréciés pour leur côté rétro et sexy. Ils peuvent être faits de dentelle, de soie, de satin, ou de bien d’autres matières, notamment de nylon, comme les collants. A l’origine, ils sont appréciés pour leurs vertus médicales, faisant office de bas de contention, pour faciliter la circulation sanguine. On en voit souvent dans les magazines, portés par des mannequins, ou dans les films. L’ancêtre de la jarretière était une pièce de la tenue de guerre du guerrier hoplitique (IVème siècle avant J.-C.), les cnémides (jambières). Le porte-jarretelle représente ainsi l’héritier d’une longue tradition. Comme tout vêtement, il met le corps en valeur, et le distingue de la simple nudité, qu’il vient plutôt orner que dévoiler, acquérant ainsi un statut plutôt artistique qu’ornemental. En effet, à la différence d’un vêtement classique, son côté esthétique intéresse particulièrement les femmes, et se distingue d’un article de lingerie féminine courant par son aspect non fonctionnel. Le vêtement sert à distinguer l’homme de l’animal, le porte-jarretelle met cette animalité en valeur. Associé à une certaine mode, à une certaine époque, il était le signe distinctif de la prostituée, mêlé à des histoires sordides de meurtre et d’enlèvement. Dans le roman du XIVème siècle (XIVème siècle), il est plutôt un signe de noblesse puisqu’il est même sacralisé, porté par la mariée, et faisant l’objet de culte d’une secte de chevaliers sous le règne du roi Edouard III.
HISTOIRE DU PORTE-JARETELLE
Dans la symbolique traditionnelle, le porte-jarretelle est porté par la mariée le jour de son mariage et durant sa nuit de noces. Il est pour le marié l’équivalent du bouquet de la mariée. Celui qui l’attrape entame une danse avec la personne qui a reçu le bouquet et se met à la tête du groupe de jeûnes hommes célibataires présents au mariage. L’Ordre de la Jarretière (garter) a été fondé en 1348 par le roi Edouard III. Il est composé de sa Majesté la Reine, de son Altesse royale, du Prince de Gales et de 24 chevaliers. La légende veut que lors d’un bal ayant lieu à Calais, la Comtesse de Salisbury eût perdu son porte-jarretelle au cours d’une danse. Le Roi Edouard III, voyant son embarras, l’aurait immédiatement ramassé et l’aurait attaché autour de sa jambe, prononçant la fameuse phrase : « Honni soit qui mal y pense ». Mais, selon certains historiens, cette légende aurait été créée de toutes pièces pour discréditer l’Ordre de la Jarretière, le roi Edouard III ne cherchant qu’à s’emparer du trône de France. Une autre interprétation des faits voudrait que l’origine du porte-jarretelle soit en réalité de petits rubans servant à relier ensemble les différentes pièces de l’armure, représentant alors la fraternité qui unit les chevaliers. Par la suite, le porte-jarretelle serait plus ou moins tombé en désuétude, réapparaissant parfois dans différentes modes, venant notamment compléter le corsage, puis le corset. C’est pourquoi certains attribuent à Gustave Eiffel (XIXème siècle), le retour du porte-jarretelle dans la lingerie féminine.
LE PORTE-JARRETELLE AUX XXème et XXIème siècles
Au XXème siècle, le porte-jarretelle est très en vogue dans les années 20, période d’insouciance et joie de vivre contrastant avec les affres de la 1ère Guerre Mondiale. Dans les années 60, parallèlement à une recrudescence des sectes satanistes, et à la montée de l’activité occulte de certains groupes, le porte-jarretelle est couramment exploité dans les magazines pornographiques peuplés de femmes posant dans cette tenue. Considéré comme un accessoire fétiche, symbole de luxure et de débauche, il est encore l’apanage des femmes de mauvaise vie. En effet, durant la seconde guerre mondiale, la main d’œuvre masculine manquant dans les pays mobilisés, avec la montée du machinisme et de l’industrie de masse, d’abord instrumentalisée à des fins belligérantes, les femmes sont recrutées dans les usines, et vont donc travailler. Durant cette même période, les métiers à tisser sont peu à peu remplacés par des machines, et naissent les premières machines à coudre performantes, destinées d’abord à coudre des bas en nylon. Alimentant la littérature de l’érotico-fantaisie, aussi bien dans les romans de cap et d’épée que dans les romans contemporains de fiction médiévale, il est également un thème de la littérature moderne. Il est mentionné aussi bien dans les romans du XVème siècle que dans le théâtre shakespearien, puis la poésie surréaliste, et les romans policiers du XXème siècle.
LE PORTE-JARRETELLE UNE ŒUVRE D’ART
Le porte-jarretelle fait l’objet d’une peinture célèbre d’Edgar Stoëbel, peintre et musicien juif habitant en Algérie pendant la seconde guerre mondiale, La jeune femme au porte-jarretelle, dont le titre fait écho à la célèbre toile La jeune fille à la perle. Cette peinture représente un corps de femme portant un porte-jarretelle. On ne voit pas son visage ni ses pieds. Elle est vêtue d’un corset noir, et ses jambes claires contrastent avec l’ensemble. Le peintre semble avoir plus dessiné que peint le tableau, brossé à grands traits comme avec des feutres d’enfant. La peinture donne à la fois une impression d’obscénité et de pudeur. Le choix du titre n’est peut-être pas anodin. On ne sait trop si la paternité du porte-jarretelle au XIXème est attribuée aux faits ou à la réalité, cependant, on attribue cette dernière à Gustave Eiffel, qui s’en serait inspiré pour le célèbre monument, ressemblant à un porte-jarretelle à l’envers. Certains voient dans la Vénus étrusque une tentative pour prolonger cette tradition de représentation de la nudité féminine.
LE PORTE-JARRETELLE UN VETEMENT
Bien que cet accessoire fût surexploité dans les journaux de mode des années 20 représentant des religieuses affranchies, le porte-jarretelle reste un symbole de libertinage. Ce paradoxe puise sa source dans l’origine du vêtement, qui servait à l’origine à se protéger du froid, durant le retour de l’ère glaciaire où s’enduire d’huile et de graisse animale ne suffisait plus. Le vêtement n’avait pourtant pas uniquement une vocation fonctionnelle, puisque l’on se posait déjà des questions d’ordre anthropologique. Le vêtement était au centre de tous les tabous, et au cœur d’une pensée magique : comme le maquillage dans certaines tribus des peuplades de l’hémisphère Sud, il venait étoffer certains rites religieux, danses ou cérémonies de deuil. On retrouve cette épaisseur thématique dans le questionnement des textes traduits de la Genèse, où Dieu chasse le premier homme et la première femme pour avoir osé apparaître nus devant lui. La feuille de vigne apparaîtra dans beaucoup de textes et de peintures (notamment la Vénus de Botticelli) pour représenter l’effort de l’homme pour se « parer » devant Dieu.
LE PORTE-JARRETELLE AUJOURD’HUI
Le porte-jarretelle est encore aujourd’hui très à la mode. Agrémenté de petits rubans ou de petits grelots, de perles, ou même de pièces de velours, il est fréquemment utilisé dans le monde du mannequinat. C’est aussi un symbole éminemment romantique, puisqu’il est très fréquemment porté par les mariées, ou par les jeunes femmes voulant paraître dans des tenues érotiques. Porté dans les années 60 (avec un simple manteau de fourrure, notamment) par les femmes fières de s’émanciper, et de porter des tenues un tantinet provocantes, emblème de la pin-up, il est aujourd’hui en phase avec la mode. Porté par des femmes très minces, ou aux courbes plus accentuées, il vient consacrer une mode naissante, qui s’affirme en mettant en valeur les formes de la femme. Le porte-jarretelle constitue aussi un vêtement de goût, puisque, tombé en désuétude, entre temps, au profit de certaines autres modes, il est devenu depuis lors un gage de luxe, d’élégance, et de sobriété, en décalage avec certaines tenues beaucoup plus provocantes que ne l’était le porte-jarretelle au siècle dernier.